Devolution

 

       Depuis  les années 60 (du siècle dernier), la soif de progrès du capitalisme et ses conséquences suscitent le débat. Le système moderne de valeurs, avec ses critères de qualité, est remis en question. Le brevet que l’Occident s’attribue en matière de détermination des normes de qualité perd de sa crédibilité. L’évolution de la société engendrant un plus grand besoin de diversité, le mythe du « Mainstream » est percé à jour. C’est en ces temps tumultueux mais inspirateurs que Leon Wildschut (1955, Pays-Bas) fait ses débuts. Aujourd’hui, à l’aube du XXIe siècle, le monde offre des contrastes d’une importance et d’une complexité accrues. Plus que jamais, l’Homme est un pion sur l’échiquier de la production et de la consommation. La recherche de l’unicité génère la perte des valeurs traditionnelles, remplacées par un excès d’artificialité. Facilement mû par un sentiment de supériorité, L’Homme, on le déplore, en est venu à substituer la Culture à la Nature. Sur cette fausse route, l’équilibre est rompu.


        Wildschut rêve de moins de cynisme et de plus de créativité. Ses réactions émotionnelles vis-à-vis du statu quo actuel forment la source de son inspiration. Pour lui, le processus créateur constitue une réelle libération. L’énergie ainsi dégagée est traduite en images qui nous servent d’indices. Indices révélateurs des forces angoissantes auxquelles l’Homme contemporain est confronté. Avec des signes susceptibles, par moments, de nous guider dans un paysage d’archétypes. Des pictogrammes provenant de cultures et d’époques différentes sont placés côte à côte, tels des souvenirs de temps anciens dont le sens appartient néanmoins toujours au réservoir de significations actuellement à notre disposition. Différentes images jaillissent, visant à produire des correspondances à plusieurs niveaux. Wildschut n’aime pas les clichés et s’efforce de créer un langage d’images qui reflète sa vision de la réalité. Si la réalité (post) moderne demande à être saisie, il  se laisse aussi guider par le passé, préférant les dessins des grottes préhistoriques au « vidéo-art » véhiculé de nos jours.


        Des techniques de type collage et le maintien d’effets accidentels produits avec la matière donnent à l’œuvre une plus grande profondeur. L’inspiration du moment, une photo trouvée quelque part dans un magazine, des bribes de conversation, la radio en bruit de fond, en principe tout peut servir. Chaque matériau a sa propre valeur esthétique et sentimentale et est utilisée de manière optimale. Effets graphiques, peintures au pochoir, fragments de texte, ici et là, renforcent l’image. Parfois Wildschut fait un zoom sur la réalité qu’il évoque. Parfois il encadre un agrandissement, ce qui rend l’image plus compacte. Les titres de ses créations font souvent partie intégrante de son message. L’œuvre n’est jamais signée à l’avant, «afin d’éviter toute incidence sur la valeur intrinsèque de la composition». La même impulsion qui pousse Léon Wildschut à peindre ou à dessiner le conduit à se rendre en France. Il s’installe en Creuse, près d’Aubusson, centre mondial de la tapisserie depuis des siècles, et établit des liens avec des artistes locaux. Ses expériences sur des matériaux de nature diverse acquièrent une dimension supplémentaire avec le tissage de tapisseries réalisées d’après ses croquis et  dessins. Cette discipline traditionnelle imprègne désormais son œuvre, dont l’aspect artisanal était depuis longtemps apparent.


MARINA BRAUN

critique d'art


traduction: Claude Mallerin